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Le Voyager Golden Record : une capsule temporelle dans l'espace

2025-04-209 min de lecture

La capsule temporelle la plus audacieuse jamais créée ne se trouve pas sous terre, mais dans l'espace interstellaire. En 1977, la NASA a lancé deux sondes spatiales — Voyager 1 et Voyager 2 — chacune emportant un disque phonographique en cuivre plaqué or de 30 cm de diamètre. Ce disque, baptisé le Golden Record, est sans doute l'objet le plus poétique jamais conçu par l'humanité : un message-bouteille cosmique, destiné à d'éventuelles civilisations extraterrestres ou aux humains du futur lointain.

Le contexte : le programme Voyager et un alignement planétaire unique

Le programme Voyager a été conçu pour profiter d'un alignement planétaire rare, survenant environ tous les 176 ans, qui permettait à une seule sonde de survoler les quatre planètes géantes — Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune — grâce à l'assistance gravitationnelle de chacune. Cet alignement, appelé le « Grand Tour », ne se reproduira pas avant le milieu du XXIIe siècle.

Voyager 2 a été lancée le 20 août 1977, suivie de Voyager 1 le 5 septembre 1977. Malgré son lancement postérieur, Voyager 1, placée sur une trajectoire plus rapide et plus directe vers Jupiter, a dépassé sa jumelle en cours de route. La mission scientifique primaire était l'étude détaillée des systèmes de Jupiter et de Saturne — leurs atmosphères, leurs anneaux, leurs lunes. Voyager 2, bénéficiant de l'alignement favorable, a ensuite poursuivi vers Uranus (survol en janvier 1986) et Neptune (survol en août 1989), devenant la seule sonde à avoir visité ces deux planètes.

Mais dès la phase de conception du projet, l'astrophysicien Carl Sagan, alors professeur à l'Université Cornell, a proposé à la NASA d'embarquer un message destiné à d'éventuels êtres intelligents qui pourraient un jour intercepter les sondes. Sagan avait déjà conçu les plaques emportées par les sondes Pioneer en 1972 et 1973, mais il souhaitait aller beaucoup plus loin. La NASA a accepté et lui a confié la direction d'un comité chargé de composer ce message.

La conception du Golden Record : six semaines pour représenter l'humanité

Carl Sagan a réuni un petit comité de personnalités aux compétences complémentaires pour sélectionner le contenu du disque. Parmi les membres clés : Ann Druyan, directrice créative du projet, chargée de la sélection musicale et de la collecte des sons de la Terre ; Frank Drake, astronome pionnier de la recherche d'intelligence extraterrestre et créateur de la célèbre équation de Drake qui estime le nombre de civilisations communicantes dans la galaxie ; Timothy Ferris, journaliste scientifique au Rolling Stone, qui a supervisé la production technique du disque ; Jon Lomberg, artiste et illustrateur scientifique, qui a conçu les diagrammes gravés sur la pochette protectrice ; et Linda Salzman Sagan, artiste qui avait déjà dessiné les figures humaines sur les plaques Pioneer.

Le comité disposait d'environ six semaines pour assembler le contenu — un délai extrêmement court pour un projet dont l'ambition était de représenter l'ensemble de la civilisation humaine. Le résultat final est un disque phonographique en cuivre, plaqué or, conçu pour être lu à 16 tours 2/3 par minute (et non 33 tours comme un vinyle classique, afin de maximiser la durée d'enregistrement). Le disque est protégé dans une pochette en aluminium anodisé électrolytiquement, accompagné d'un stylet et d'une cartouche de lecture. La pochette porte des instructions gravées en langage symbolique, utilisant la transition hyperfine de l'atome d'hydrogène (un phénomène physique universel) comme unité de temps et de longueur fondamentale, pour expliquer comment lire le disque et localiser l'origine du vaisseau.

Le contenu : un portrait sonore et visuel de la Terre

Le Golden Record contient un échantillon remarquablement diversifié de la civilisation humaine et de la planète Terre, organisé en plusieurs sections.

116 images encodées en analogique sur le disque. Parmi elles : un schéma du système solaire, la structure de l'ADN, des représentations de l'anatomie humaine, des photographies de paysages terrestres (montagnes, déserts, océans, forêts), des animaux, des villes, des monuments, des scènes de la vie quotidienne dans différentes cultures, et des images d'instruments scientifiques et de technologie humaine.

Des salutations enregistrées en 55 langues différentes, du sumérien ancien (une langue morte depuis des millénaires) au wu chinois, en passant par le français, l'anglais, l'arabe, le hindi, le zoulou et le thaï. Le message en français dit simplement : « Bonjour tout le monde. » Un mot d'enfant en anglais, enregistré par le fils de Carl Sagan, Nick, âgé de six ans, dit : « Hello from the children of planet Earth. »

Des sons naturels de la Terre constituant un paysage sonore de notre planète : le vent soufflant dans les plaines, le tonnerre d'un orage, le chant d'oiseaux variés, le cri hauntant des baleines à bosse, les vagues de l'océan, un tremblement de terre, le crissement de pas sur du gravier, et un baiser.

90 minutes de musique provenant de cultures du monde entier, soigneusement sélectionnées par Ann Druyan et Timothy Ferris. La sélection comprend le premier mouvement du Deuxième Concerto brandebourgeois de Bach (interprété par le Munich Bach Orchestra dirigé par Karl Richter), « Dark Was the Night, Cold Was the Ground » de Blind Willie Johnson, de la musique de gamelan javanais (Puspawarna, interprété par le court du Sultan de Yogyakarta), un raga indien interprété par Kesarbai Kerkar, des percussions sénégalaises, et « Johnny B. Goode » de Chuck Berry. Le comité aurait également voulu inclure une chanson des Beatles, mais EMI, détenteur des droits d'auteur, a refusé l'autorisation.

Un détail touchant : les ondes cérébrales d'Ann Druyan

L'un des éléments les plus intimes du disque est un enregistrement d'une heure des ondes cérébrales (EEG) et des battements de cœur d'Ann Druyan, réalisé le 3 juin 1977 au New York Hospital. Ce qui rend cet enregistrement extraordinaire, c'est son contexte. Deux jours avant la séance, le 1er juin 1977, lors d'un appel téléphonique de travail, Druyan et Sagan se sont déclaré leur amour mutuel, après des mois de collaboration professionnelle sur le projet du Golden Record. Druyan a raconté dans des entretiens ultérieurs qu'elle avait médité pendant l'enregistrement sur l'histoire de la civilisation, sur la condition humaine, sur la guerre et la paix, et sur ce que signifiait tomber amoureux. Ces pensées et émotions, compressées sous forme de signaux électriques cérébraux, naviguent désormais à travers l'espace interstellaire.

Le Président des États-Unis Jimmy Carter a également contribué un message officiel daté du 16 juin 1977, évoquant la Terre et ses habitants avec espoir. Le Secrétaire général des Nations Unies, Kurt Waldheim, a enregistré un message au nom des peuples du monde.

Les précédents : les plaques Pioneer

Le Golden Record n'était pas la première tentative de la NASA d'envoyer un message aux étoiles. Les sondes Pioneer 10 (lancée le 2 mars 1972) et Pioneer 11 (lancée le 5 avril 1973) emportaient chacune une plaque en aluminium anodisé d'or de 15 × 23 cm. Conçues par Carl Sagan, Frank Drake et Linda Salzman Sagan, ces plaques montrent les silhouettes nues d'un homme et d'une femme devant la sonde (dessinés à l'échelle pour indiquer notre taille), un schéma de la transition hyperfine de l'hydrogène, la position du Soleil par rapport à 14 pulsars (servant de repères galactiques), et un diagramme du système solaire indiquant la trajectoire de la sonde. La publication de ces plaques avait provoqué une polémique aux États-Unis : certains critiquaient la représentation de figures humaines nues envoyée dans l'espace.

Le Golden Record représentait un bond qualitatif considérable : là où les plaques Pioneer étaient un simple schéma gravé, le disque Voyager offrait un véritable portrait multimédia de la civilisation terrestre, avec de la musique, des voix, des images et des sons.

Où sont les sondes aujourd'hui ?

Voyager 1 a franchi l'héliopause — la frontière où le vent solaire cède la place au milieu interstellaire — le 25 août 2012, devenant le premier objet fabriqué par l'homme à atteindre l'espace interstellaire. Cette découverte a été confirmée et annoncée par la NASA le 12 septembre 2013. Voyager 2 a franchi l'héliopause à son tour le 5 novembre 2018. Les deux sondes se trouvent désormais à plus de 20 milliards de kilomètres de la Terre et continuent de s'éloigner à environ 17 km/s pour Voyager 1 et 15 km/s pour Voyager 2.

Les deux sondes communiquent encore avec la Terre via le Deep Space Network (DSN) de la NASA, un réseau de grandes antennes paraboliques réparties à Goldstone (Californie), Madrid (Espagne) et Canberra (Australie). Leurs générateurs thermoélectriques à radioisotopes (RTG), alimentés par la désintégration du plutonium-238, s'affaiblissent d'environ 4 watts par an. La NASA désactive progressivement les instruments scientifiques pour économiser l'énergie, et estime que les dernières données scientifiques seront reçues vers 2025-2030. Mais les sondes elles-mêmes, et leurs Golden Records, continueront de dériver silencieusement à travers la galaxie pendant des centaines de millions d'années.

Dans environ 40 000 ans, Voyager 1 passera à environ 1,6 année-lumière de l'étoile Gliese 445, dans la constellation de la Girafe. Voyager 2 passera à environ 1,7 année-lumière de l'étoile Ross 248.

L'héritage culturel et philosophique du Golden Record

Le Golden Record est devenu l'un des objets les plus iconiques de l'histoire spatiale et de la culture populaire. En 2017, pour le 40e anniversaire du lancement des sondes, le label Ozma Records (cofondé par Timothy Ferris et David Pescovitz) a publié une édition vinyle du contenu audio du disque, financée par une campagne Kickstarter qui a récolté plus de 1,3 million de dollars, bien au-delà de l'objectif initial de 198 000 dollars.

Le disque incarne une idée profondément optimiste et universaliste : que l'humanité mérite d'être connue, que notre musique, nos voix et nos images valent la peine d'être partagées avec l'univers tout entier. C'est aussi un exercice philosophique : décider quoi mettre sur le disque, c'était décider comment nous voulions être perçus par des êtres qui ne savent rien de nous. Un miroir tendu vers l'infini.

À notre échelle, chaque capsule que nous créons pour nos proches procède du même élan : projeter un fragment de ce que nous sommes vers l'avenir, avec la conviction qu'il sera reçu et compris. Capsül perpétue ce geste à l'échelle humaine — pas vers les étoiles, mais vers ceux qui comptent.

Sources

- NASA Jet Propulsion Laboratory, « Voyager – The Golden Record », voyager.jpl.nasa.gov - Sagan, Carl et al., « Murmurs of Earth: The Voyager Interstellar Record », Random House, 1978 - NASA, « Voyager 1 Enters Interstellar Space », communiqué de presse, 12 septembre 2013 - NASA Jet Propulsion Laboratory, « Voyager Mission Status » - Ozma Records, « Voyager Golden Record: 40th Anniversary Edition », Kickstarter, 2017

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