Imaginez un message destiné à être lu dans 5 000 ans. C'est exactement le pari qu'a fait la Westinghouse Electric Corporation, par deux fois, à l'occasion de deux Expositions universelles de New York séparées par un quart de siècle. Ces deux capsules, enterrées à Flushing Meadows, ne seront ouvertes qu'en l'an 6939, dans un futur si lointain qu'il défie l'imagination. Pour donner un ordre de grandeur, il y a 5 000 ans, l'écriture venait à peine d'être inventée et les pyramides de Gizeh n'étaient pas encore construites.
La genèse : le contexte de l'Exposition de 1939
L'Exposition universelle de New York de 1939, intitulée « The World of Tomorrow » (Le monde de demain), s'est tenue du 30 avril 1939 au 27 octobre 1940 à Flushing Meadows-Corona Park, dans le Queens. Construite sur l'ancien site d'une décharge transformé en parc (le même terrain décrit par F. Scott Fitzgerald comme la « vallée de cendres » dans Gatsby le Magnifique), l'Exposition a attiré plus de 44 millions de visiteurs sur ses deux saisons. Son emblème était le Trylon et le Perisphere, deux structures futuristes blanches devenues emblématiques de l'optimisme technologique d'avant-guerre.
C'est dans ce contexte d'enthousiasme pour le futur que la Westinghouse Electric Corporation a décidé de créer une capsule temporelle. L'idée a été directement inspirée par la Crypt of Civilization du Dr. Thornwell Jacobs, dont le projet avait été publié dans Scientific American en novembre 1936. Westinghouse souhaitait un projet similaire mais plus spectaculaire, adapté au format d'une exposition mondiale.
Le projet était piloté par G. Edward Pendray, consultant en relations publiques et cofondateur de l'American Rocket Society. C'est lui qui a inventé le terme « time capsule » pour l'occasion, après avoir abandonné sa première idée de nom, « time bomb » (bombe à retardement), jugée trop belliqueuse en ces temps de tensions internationales. L'Allemagne nazie venait d'annexer l'Autriche en mars 1938 et avait envahi les Sudètes en octobre 1938, et le monde se préparait à une guerre imminente.
La Time Capsule I : conception et contenu
La capsule elle-même, appelée « Time Capsule I », est un tube en alliage spécial baptisé « Cupaloy » — un mélange de cuivre, de chrome et d'argent développé par Westinghouse pour sa résistance exceptionnelle à la corrosion. Le tube mesure 228 cm (7 pieds 6 pouces) de long avec un diamètre intérieur de 16,5 cm (6,5 pouces) et un diamètre extérieur de 20,3 cm (8 pouces). Sa forme élancée, semblable à une torpille, lui a valu la première suggestion de nom malheureuse de Pendray.
La capsule a été déposée le 23 septembre 1938, soit sept mois avant l'ouverture officielle de l'Exposition, à 15 mètres (50 pieds) de profondeur dans le sol du parc de Flushing Meadows. Cette profondeur exceptionnelle a été choisie pour la protéger des perturbations de surface sur une échelle millénaire.
Son contenu a été minutieusement sélectionné pour représenter la vie quotidienne et les avancées technologiques des années 1930. Parmi les 35 objets du quotidien : une copie du magazine Life du 22 novembre 1937, une édition du Sears Roebuck Catalogue de 1938 (le catalogue de vente par correspondance le plus répandu en Amérique), une copie du New York Herald Tribune du 22 septembre 1938, un paquet de cigarettes Camel, un rasoir Gillette, une brosse à dents, des échantillons de tissus modernes (soie, laine, rayé artificiel), une collection de pièces de monnaie américaines, un alphabet en caractères d'imprimerie et divers petits objets du quotidien.
Des graines de blé, de maïs, d'avoine, de tabac, de coton, de riz, de luzerne, de lin et de soja ont été incluses, scellées dans des tubes en verre individuels. L'intérieur de la capsule a été rempli d'un mélange de gaz inertes — azote et argon — pour empêcher toute oxydation et détérioration au fil des millénaires.
La capsule contenait également des microfilms avec plus de 10 millions de mots de texte et un millier d'images, couvrant des sujets aussi variés que la science, l'art, la religion, l'industrie et la vie quotidienne. Des messages personnels avaient été sollicités auprès de personnalités éminentes. Le physicien Albert Einstein a rédigé un message en septembre 1938, dans lequel il exprimait son espoir que les générations futures auraient résolu les problèmes de guerre et d'inégalité qui tourmentaient son époque. L'écrivain Thomas Mann a également contribué un essai réfléchissant sur l'état de la civilisation.
Le Book of Record : un plan de mémoire
Consciente que le plus grand risque n'était pas la détérioration physique mais l'oubli, Westinghouse a publié un « Book of Record of the Time Capsule of Cupaloy ». Ce livre détaillait le contenu de la capsule, son emplacement exact (avec coordonnées géographiques précises), et les instructions pour sa récupération. Des exemplaires ont été envoyés à des milliers de bibliothèques, musées, monastères et institutions académiques dans le monde entier, dans l'espoir que cette information survivrait les 5 000 ans d'attente. Le choix d'inclure des monastères était délibéré : les communautés religieuses avaient historiquement démontré une capacité remarquable à préserver des documents sur de longues périodes.
La Time Capsule II : 1965, un monde transformé
Vingt-six ans plus tard, l'Exposition universelle de 1964-1965 a offert à Westinghouse l'occasion de créer une seconde capsule. Le monde avait radicalement changé : la Seconde Guerre mondiale avait eu lieu, la bombe atomique avait été inventée et utilisée, la guerre froide battait son plein, et l'humanité avait commencé la conquête spatiale avec le vol de Youri Gagarine en avril 1961.
La « Time Capsule II », identique dans sa conception et ses matériaux à la première, a été enterrée le 16 octobre 1965, un jour avant la clôture de l'Exposition. Pendant les deux saisons de l'Exposition, la capsule avait été exposée au public, suspendue au-dessus d'un bassin réfléchissant au pavillon Westinghouse, attirant des millions de curieux. Après la fermeture, elle a été descendue par câbles dans une excavation préparée, à 15 mètres de profondeur, à seulement 3 mètres (10 pieds) au nord de la première capsule.
Le contenu de la Time Capsule II reflète les transformations spectaculaires d'un quart de siècle. Parmi les objets notables : un disque 45 tours des Beatles, un bikini, un morceau de câble transatlantique en fibre optique, des filtres à cigarettes (nouvelle invention), une carte de crédit, un échantillon de fibre de verre, des tranquillisants (reflétant l'essor de la pharmacologie), un tube de crème solaire, un stylo à bille, un fragment d'un vêtement résistant à la chaleur de la combinaison d'astronaute, des pièces de monnaie et des timbres. Des microfilms contenaient des éditions complètes de quotidiens américains et des rapports détaillés sur les avancées scientifiques récentes, y compris les progrès dans l'exploration spatiale et l'énergie nucléaire.
5 000 ans d'attente : un acte de foi
Les deux capsules Westinghouse ne seront ouvertes qu'en l'an 6939, 5 000 ans après l'enterrement de la première. C'est une échelle de temps presque inconcevable. Pour se représenter ce que représentent 5 000 ans, il suffit de songer qu'en 3000 avant notre ère, l'écriture était une invention récente, Stonehenge venait d'être érigé et les grandes pyramides n'existaient pas encore.
Le défi principal n'est pas la conservation physique — l'alliage Cupaloy et l'atmosphère inerte assurent une protection théoriquement efficace — mais la transmission de l'information sur l'emplacement des capsules à travers les millénaires. Le Book of Record reste le principal mécanisme de mémoire. Mais dans 5 000 ans, combien de ces bibliothèques existeront encore, et les langues dans lesquelles le livre est rédigé seront-elles encore comprises ? C'est une question qui préoccupe les spécialistes de la préservation à long terme. Le problème de la transmission de la mémoire sur des échelles millénaires est également au cœur des réflexions sur le stockage des déchets nucléaires, où l'on doit avertir les civilisations futures de dangers enfouis pendant des dizaines de milliers d'années.
Aujourd'hui, le site des capsules à Flushing Meadows-Corona Park est marqué par un monument en granite et des plaques commémoratives indiquant l'emplacement exact des deux capsules. Le parc reste un espace public actif et célèbre, abritant le USTA Billie Jean King National Tennis Center (lieu de l'US Open de tennis), le stade des New York Mets (Citi Field) et le Queens Museum, installé dans l'ancien pavillon de la ville de New York de l'Exposition de 1939.
C'est un acte de foi extraordinaire : croire que dans 5 000 ans, quelqu'un se souviendra de ces tubes enterrés sous un parc de New York. Mais c'est précisément cette foi dans le futur qui donne aux capsules temporelles leur puissance émotionnelle — que l'horizon soit de cinq millénaires ou d'une simple année, comme les capsules créées chaque jour sur Capsül.
Sources
- Pendray, G. Edward. *The Book of Record of the Time Capsule of Cupaloy*. Westinghouse Electric & Manufacturing Company, 1938. - *The Story of the Westinghouse Time Capsule*, Westinghouse Electric Corporation, 1952. - Archives de l'Exposition universelle de New York 1939-1940 et 1964-1965. - Jarvis, William E. *Time Capsules: A Cultural History*. McFarland & Company, 2002. - « Einstein's Letter to the Future », extrait du *Book of Record*, 1938. - Queens Museum, « The 1939 and 1964 World's Fairs ».